À Rome et dans tous les États pontificaux d’Italie, le Pape Pie IX fait l’objet d’une opposition politique croissante due à l’allocution du 29 avril et à ses conséquences. Dans les jours qui suivent, la garde civique occupe le château Saint-Ange et les portes de la ville alors qu’arrivent au chef du gouvernement, le cardinal Antonelli, les remontrances des gouvernements sarde et toscan, ainsi que des représentants de Sicile, Lombardie et Vénétie.

Sept ministres démissionnent dont Marco Minghetti. Le 3 mai, le pape tente de redresser la situation en confiant la charge du nouveau gouvernement au comte Mamiani, monarchiste constitutionnel, et en écrivant une lettre personnelle à Ferdinand Ier d’Autriche l’invitant à renoncer à la Lombardie-Vénétie.

Ferdinand Ier ne répond même pas et Mamiani, après s’être présenté devant le parlement romain le 5 juin, donne sa démission le 12 juillet pour désaccord envers la ligne strictement neutre du pape. Le 2 août, Mamiani est remplacé par Odoardo Fabbri. Le nouveau gouvernement envoie dans les légations Luigi Carlo Farini, qui arrive, le 2 septembre, à rétablir l’ordre public gravement troublé en raison de l’invasion de Welden. Fabbri, qui est âgé et fatigué des luttes intestines, démissionne le 16 septembre. 

Le même jour, Pie IX nomme chef du gouvernement le comte Pellegrino Rossi, ancien ambassadeur français du gouvernement Guizot auprès du Saint-Siège. Rossi est resté à Rome après la révolution française de 1848 où il est remplacé par le duc François d’Harcourt désigné par Lamartine, alors ministre des Affaires étrangères. Il assume la charge de l’Intérieur, la politique et les Finances. Rossi est favorable au système constitutionnel mais opposé à une guerre nationale. Le haut clergé et les conservateurs le trouvent révolutionnaire et dangereux, le peuple et les radicaux le trouvent réactionnaire, défenseur du pouvoir absolu, tandis que les libéraux et les modérés, ses soutiens naturels, rechignent à lui donner leur collaboration. 

Son programme est de défendre la constitution contre les attaques dont elle fait l’objet et à rendre au gouvernement l’autorité en réorganisant l’administration, la justice, les finances et l’économie. Il décrète des aides et des pensions aux blessés et aux veuves de guerre et il appelle, pour diriger le ministère de la Guerre, le général Carlo Zucchi, qui est un ancien général d’Eugène de Beauharnais et un patriote nationaliste. 

À ce moment, la question qui domine la politique italienne est directement liée à la prochaine reprise des hostilités entre le royaume de Sardaigne et l’empire d’Autriche. Le gouvernement sarde et les patriotes démocrates cherchent à profiter de la trêve pour mobiliser le plus grand nombre d’hommes. Toutes les illusions sont perdues quant à l’intervention de Ferdinand II des Deux-Siciles, mais la question reste posée pour Florence et Rome. 

Dans le grand-duché de Toscane, la position est désormais clairement en faveur de la cause nationale, après que Léopold II a renvoyé le gouvernement modéré de Ridolfi, le 17 août, et de Capponi, le 9 octobre. Le 27 octobre, il nomme le démocrate Giuseppe Montanelli. Celui-ci prend Francesco Domenico Guerrazzi comme ministre de l’Intérieur et inaugure une politique ultra démocratique, dans la terminologie politique de l’époque, tournée vers l’union avec les autres États italiens et la reprise conjointe de la guerre contre l’Autriche.

La question romaine reste ouverte, Pie IX et Pellegrino Rossi sont assez hostiles à une intervention. Ils ne nient pas l’exigence de la régénération nationale mais reprennent la politique modérée qui a été bousculée de manière imprévue par les cinq journées de Milan. Politiquement, les philosophes Antonio Rosmini et Vincenzo Gioberti, proches du royaume de Sardaigne, souhaitent une Confédération, alors que Rossi apporte son soutien à une ligue de principautés dont le Pape serait l’âme et qui devrait être négociée par les délégués des États italiens réunis en Constituante et niant tout soutien aux Sardes et aux Toscans dans le cas d’une reprise de guerre. Ces positions s’opposent à celles des activistes adeptes de Mazzini qui prône une Italie unifiée et républicaine. Le 4 novembre, Rossi publie un article dans la Gazzetta di Roma contre les visées hégémoniques du Piémont, ce qui le rend encore plus impopulaire.

L’assassinat de Pellegrino Rossi

Le 15 novembre, le parlement rouvre et Pellegrino Rossi est poignardé par un groupe d’anciens combattants de la légion des volontaires en Vénétie en collusion avec le Circolo popolare d’orientation démocratique. Le lendemain, une foule se rassemble devant le palais du Quirinal pour demander « un ministre démocrate, la constituante italienne et la guerre à l’Autriche ». Pie IX charge Giuseppe Galletti de dire à la foule qu’il n’envisage pas de nouvelle concession. La foule donne alors l’assaut, elle amène même un canon qu’elle pointe sur le palais : un combat s’engage avec la garde suisse pontificale. Mgr Giovanni Battista Palma, secrétaire des lettres latines, est tué. Pie IX convoque le corps diplomatique et déclare qu’il cède à la violence et considère nulles toutes les concessions qu’il serait obligé de faire. Après quoi, sous la pression populaire, il charge, le 20 novembre, Mgr Carlo Emanuele Muzzarelli (en) de former le nouveau gouvernement. Giuseppe Galletti est ministre de l’Intérieur, Terenzio Mamiani, ministre des Affaires étrangères, Pietro Sterbini (it), ministre des Travaux publics.

Le Pape est chassé 

Le soir du 24 novembre 1848 , ayant le sentiment d’avoir perdu le contrôle de la situation, le pape s’enfuit de Rome, incognito. Il rejoint le comte Spaur, ambassadeur de Bavière et, le soir du 25 novembre, il se trouve en sécurité dans la forteresse napolitaine de Gaète.

En ce mois de novembre, une brigade de 3 000 soldats est envoyée à Civitavecchia par le gouvernement français afin d’assurer la protection du pape, avec la consigne de ne pas prendre part aux différends politiques. 

Rome sans le pape

Le gouvernement Galletti, en raison du départ du pape, démissionne le 3 décembre, mais la Chambre des députés confirme les pouvoirs du gouvernement et envoie une mission à Gaète qui, partie le 6 décembre, est repoussée lorsqu’elle arrive à la frontière napolitaine. Le 8 décembre, le gouvernement proteste énergiquement et, le 11 décembre, la chambre décrète la création d’une « provisoire et suprême junte d’État » composée aussi de Galletti. Ce décret est approuvé le 11 décembre 1848

Les trois membres de la junte sont le sénateur de Rome, le prince Corsini, le gonfalonier d’Ancône, le comte Camerata, et le sénateur de Bologne, le comte Zucchini qui est remplacé, le 20 décembre, par Galletti.

Après avoir hésité à assister la république de Saint-Marc qui lutte toujours contre les Autrichiens, Garibaldi choisit d’apporter son soutien à la Ville Éternelle. Le 12 décembre, il fait son entrée dans Rome pour négocier les conditions de l’enrôlement de sa légion de volontaires qui reste stationnée à Cesena. Mazzini, depuis Marseille où il se trouve encore, insiste sur l’importance du départ du pape, équivalent, selon lui, à une abdication et permettant la formation d’une république.

Le 17 décembre, le pape émet un motu proprio où il conteste l’« usurpation des pouvoirs souverains » et déclare sacrilège la formation de la junte. Le 20 décembre, celle-ci émet une proclamation dans laquelle elle annonce la convocation d’une constituante romaine. L’influence des mazziniens se fait de plus en plus forte. Ils réussissent à attirer à eux les mouvements démocrates pourtant enclins à soutenir la Constituante dans la version fédérale et modérée de Mamiani. C’est ainsi que le 23 décembre, celui-ci est appelé pour former un nouveau gouvernement. Le 28 décembre, la junte dissout les Chambres (Haut Conseil et Conseil des députés) et convoque 250 000 électeurs pour le 21 et 22 janvier 1849. Les États pontificaux deviennent l’État romain (Stato romano). Le 1er janvier, le pape menace d’excommunication tous ceux qui participeraient aux élections, qui ont cependant lieu, donnant la victoire aux démocrates, les légitimistes et les modérés s’étant abstenus. C’est la première assemblée de l’histoire italienne à être élue au suffrage universel direct. La loi électorale permettant l’élection de quiconque est italien fait, de Rome, le centre du mouvement national. Giuseppe Garibaldi et Giuseppe Mazzini, qui n’arrive à Rome que le 6 mars, sont parmi les élus.

Proclamation de la République 

L’assemblée, qui a pour président Giuseppe Galletti et vice-présidents Aurelio Saffi et Luigi Masi, se réunit le 5 février et vote la proclamation de la République le 9 février 1849.

Charles Dimalty, TER 

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