L’indépendance de Djibouti est proclamée le 27 juin 1977, à l’issu d’un processus parfois conflictuel ayant duré une vingtaine d’années. Colonie française depuis 80 ans, Djibouti était alors, sous le nom de Territoire français des Afars et des Issas, la derrière possession française en Afrique continentale.

Après la décolonisation des autres colonies d’Afrique subsaharienne en 1960, l’attitude française ne convainc pas une importante fraction des habitants de la Côte française des Somalis, bien que des personnalités locales comme Ali Aref Bourhan soit directement associées au gouvernement colonial. Cette opposition, également alimenté par la mauvaise situation économique du territoire, se structure au sein d’associations qui critiquent parfois frontalement la France. Cette hostilité à la politique coloniale apparaît au grand jour lors que le président De Gaulle est hué lors d’une visite officielle en 1966. Le gouvernement français accélère alors le processus d’autonomisation et renomme la colonie en Territoire français des Afars et des Issas.

Les partis indépendantistes modérés comme radicaux se multiplient dans les années 1970, d’autant plus que la situation économique reste mauvaise. En décembre 1975, le premier ministre français Pierre Messmer reconnaît la vocation de la colonie à accéder à l’indépendance. La prise d’otages de Loyada, en février 1976, accélère le processus. Lors du référendum d’indépendance, le 8 mai 1977, plus de 99 % des votants plébiscitent l’indépendance, qui est proclamée le 27 juin 1977.

Dans un contexte intérieur tendu, Djibouti intègre alors différentes organisations internationales, tout en maintenant des liens économiques et politiques privilégiés avec la France. Son premier dirigeant, Hassan Gouled Aptidon, reste au pouvoir jusqu’en 1999.

La fin de la Seconde Guerre mondiale est synonyme pour la France de multiplication des indépendances coloniales sur le continent africain. Certaines colonies comme la Côte française des Somalis, petit territoire à l’entrée de la mer Rouge, sont exclues de cette décolonisation rapide.

Dès le référendum de 1958 la division de la vie politique est présente sur la question de la décolonisation rapide ou modérée. Les Afars, minorité ethnique de la colonie, sont privilégiés par la France contre les ethnies somalies majoritaires et plus rétives à l’autorité française : le jeune Ali Aref Bourhan est ainsi nommé vice-président du Conseil de gouvernement en 1960 et Ahmed Ali est au ministère de l’Intérieur tous deux sont soutenus par les Afars.

Le 26 août 1966, des Djiboutiens indépendantistes interrompent le discours que prononce place Lagarde Charles de Gaulle, le président de la République française alors en visite. Cet événement entraîne sept mois de répression militaire sur le territoire : couvre-feu à 18 heures, répression violente et parfois mortelle des opposants politiques[1]. Djibouti se retrouve isolée isolée du reste du territoire par une barrière de barbelé longue de 14 kilomètres. Les autorités justifient cette mesure par la nécessité de contenir à l’extérieur de la ville les paysans quittant la campagne pour fuir la pauvreté, ce qui entraîne la constitution de véritables bidonvilles aux portes de la ville.

Le 19 mars 1967, le référendum d’autodétermination de la population du Territoire décidé par le gouvernement métropolitain donne une réponse positive au maintien des liens et de la présence française en Côte française des Somalis, alors rebaptisée Territoire français des Afars et des Issas. Ce vote est cependant marqué par la fraude électorale : les chefs nomades et les administrateurs coloniaux se concertent pour déterminer le candidat pour lequel la tribu vote tandis que de nombreux électeurs sont privés de carte électorale.

Le débat politique après ce référendum est toujours centré sur l’indépendance. De nombreux partis politiques sont formés, dont la Ligue populaire africaine pour l’indépendance (LPAI) de Hassan Gouled Aptidon et Ahmed Dini.

Le chômage est omniprésent pour la population colonisée. L’économie se fonde sur les activités de manutentions, de transport (principalement maritime) et de quelques services qui ne suffisent pas à compenser l’exode rural de paysans désireux de fuir la pauvreté.

Cette situation atteint son pic dans les années 1960-1970, avec un taux de chômage atteignant 80% à Djibouti en 1975. La très faible mise en valeur agricole et industrielle de la colonie ne permet pas une égalité de l’emploi et de rémunération sur le territoire. L’attitude du gouvernement colonial favorisant les travailleurs venus de métropole.

La faiblesse de l’éducation accentue la situation. Les structures culturelles comme les bibliothèques sont inexistantes. Ce n’est qu’au début des années 1970 que un premier élève autochtone devient bachelier. Peu atteignent encore la fin du niveau secondaire. Les jeunes diplômés du lycée technique, quoique compétents, sont victimes des clichés dévalorisant leur aptitude au travail.

En 1967 des tensions indépendantistes découlent de cette situation de crise sur le marché de l’emploi. La région de Tadjourah marquée qui n’échappe pas au chômage voit ses jeunes manifester contre l’emploi de prisonniers de droit commun à des postes qualifiés qu’ils auraient pu occuper. En fond de ces revendications, c’est bien le statut colonial et les figures politiques locales appliquant la volonté gouvernement français qui sont remis en question.

La situation se transforme vite en révolte initié par le chef local, le sultan Habib. Pour calmer les tensions, le président du Conseil de gouvernement et son assistant se rendent dans le district de Tadjourah où ils rencontrent une jeunesse mobilisée réclamant la démission du gouvernement. Les exemples de mobilisation se multiplient dans la colonie après cette date pendant dix ans.

Charles Dimalty

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