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Pour Pulchérie Gbalet, ACI, la CEI prédispose la Côte d’Ivoire à des élections non crédibles

Au cours d’un point presse organisé ce mercredi 1er juillet 2020, à Cocody, Pulchérie Edith Gbalet, Coordinatrice nationale de la plate-forme de la société civile Alternative citoyenne ivoirienne (ACI) a prévenu l’opinion. Sur l’attitude jugée suspecte de la Commission électorale indépendante (CEI). À quelques mois de la présidentielle. Pour la première responsable de ACI, la CEI pose des actes qui laissent présager que les Ivoiriens n’auront pas droit à des élections crédibles. Lire la déclaration intégrale de Pulchérie Gbalet.

POINT DE PRESSE DE ALTERNATIVE CITOYENNE IVOIRIENNE (ACI) SUR L’ATTITUDE DE LA CEI SUR LA PROROGATION DE LA PÉRIODE DE RÉVISION DE LA LISTE ÉLECTORALE AU 05 JUILLET 2020

Chers membres de ACI,
Chers amis de la presse,
Mesdames et messieurs,

Nous avons organisé ce point de presse parce que nous estimons que l’heure est grave et qu’il est de notre devoir non seulement d’attirer l’attention de la communauté nationale et internationale sur la pente glissante que la Commission Electorale dite « Indépendante » est entrain de nous faire emprunter, mais surtout d’interpeller l’opposition.
Nous avons déjà produit une déclaration et fait plusieurs vidéos à ce sujet mais nous pensons qu’il est nécessaire d’insister parce qu’il y va de la paix dans notre pays qui a déjà beaucoup souffert.
Quand on sait le rôle qu’a joué la CEI dans la douloureuse et grave crise que nous avons connue, il est très étonnant de constater que la nouvelle CEI soit dans la même logique que la précédente et que nous la laissions nous mener vers une autre crise.

I-LES FAITS

Suite à une requête de l’Action pour la Protection des Droits Humains (APDH) contre la composition de la Commission Électorale Indépendante (CEI) auprès de la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP), celle-ci a pris un arrêt le 18 novembre 2016, pour demander à l’Etat de Côte d’Ivoire de réformer la CEI. Ce n’est que le 21 janvier 2019 que l’Etat de Côte d’Ivoire s’est exécuté par une première rencontre avec l’opposition, puis le 24 janvier 2019, par une autre rencontre avec des organisations de la société civile. Le dialogue politique sur la réforme de la Commission Electorale Indépendante (CEI), s’est achevé en juin 2019 par une recomposition et non une réforme de celle-ci, mais surtout par de grandes divergences qui ont emmené le retrait de l’opposition significative, notamment le Parti Démocratique de Côte-d’Ivoire (PDCI) et la plateforme Ensemble pour la Démocratie et la Souveraineté (EDS).
Après de multiples tractations, le conseil de Ministres du 25 septembre 2019, tenu à Dimbokro, a annoncé la liste des 15 membres de la nouvelle CEI qui n’a en cas résolu la question du déséquilibre en son sein. Le vendredi 27 septembre les nouveaux membres ont prêté serment et ont élu Mr Coulibaly Kuibert à leur tête.
Dès l’annonce du calendrier électoral par la CEI, celui-ci a été rejeté par l’opposition ivoirienne au motif de «attitudes cavalières et méprisantes adoptées par le gouvernement et ses démembrements depuis le début des discussions relatives à l’élection présidentielle du 31 octobre 2020 ».
Malgré la médiation du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), ledit calendrier est entrain d’être mis en œuvre. La première période définie pour l’actualisation de la liste électorale a été programmée du 10 au 24 juin 2020.
Les difficultés liées à l’enrôlement constatées sur le terrain ont emmené ACI et l’opposition à demander une rallonge de la période de révision. ACI a transmis à la CEI un courrier le lundi 22 juin 2020, avec ampliation aux organisations internationales et aux chancelleries. Le mardi 23 juin, la CEI a annoncé un report jusqu’au 30 juin 2020. Nous avons encore écrit à la CEI le vendredi 26 juin pour demander un report au 15 juillet 2020.
Le lundi 29 juin, par un communiqué, la CEI annonce un autre report au 05 juillet 2020 à midi.
Voici un extrait de ce communiqué :
« La CEI porte à la connaissance des ivoiriens et ivoiriennes en âge de voter sa proposition au Gouvernement de proroger l’opération de révision de la liste électorale au dimanche 05 juillet 2020 à 12h.
A la demande des partis politiques de tous bords suite aux trois jours de pluie torrentielle, la CEI offre l’opportunité de se faire enrôler aux requérants qui ont manifesté par leur forte mobilisation leur intérêt pour cette opération ….
Cette proposition de la CEI au Gouvernement fait suite à un nouveau consensus de tous les acteurs politiques et des parties prenantes au processus électoral. La volonté d’inclusion chère à la CEI, s’est à nouveau manifestée et reste intacte chaque fois que nécessaire. »

I- NOTRE ANALYSE

La Côte d’Ivoire est arrivée à un tournant décisif de son histoire, parce qu’elle organise en 2020 les premières élections à enjeux, après la crise post-électorale de 2010. Ces élections sont organisées dans des conditions difficiles et non rassurantes pour espérer qu’elles soient transparentes et apaisées.
La Côte d’Ivoire à l’approche de l’élection présidentielle d’octobre 2020 évolue dans un contexte tendu caractérisé par :

  • Une rupture du dialogue politique ;
  • Une CEI, une constitution et un code électoral non consensuels ;
  • Une gestion non concertée de la crise sanitaire due au coronavirus ;
  • Une justice ivoirienne en conflit avec les citoyens qui n’ont plus confiance en elle ;
  • Et l’usage des passages en force qui avait déjà entamé le recul démocratique.
    La démarche de l’actuelle CEI, qui est dans la même logique de passage en force et mépris de la volonté des ivoiriens, est très dangereuse. Que coûtait-il à la CEI de réunir toutes les organisations ayant demandé un report pour convenir ensemble de la meilleure date de report ?
    Nous affirmons que la CEI se moque des ivoiriens à travers ce communiqué sur plusieurs points :

1- Pour montrer qu’elle n’est pas indépendante, elle ne décide pas mais fait des propositions au Gouvernement, donc au RHDP, qui est à la fois juge et partie. La CEI devrait être indépendante et jouer un rôle d’arbitre, et non se référer au Gouvernement pour des décisions qui engage tout le pays ;

2- Le communiqué insinue que ce sont les pluies qui constituent la raison principale du second report, ce qui est franchement léger et ridicule parce que nous sommes en saison pluvieuse, et il continuera de pleuvoir. Si la pluie est seul motif de report, autant carrément prolonger l’opération jusqu’à la fin du mois de juillet. Soyons donc sérieux et respectons les ivoiriens. Non seulement, nous, société civile, avons demandé ce report avant l’opposition, mais les principales raisons qui ont motivé notre demande sont les difficultés pour les nouveaux majeurs dans l’obtention des pièces administratives qui servent pour l’opération, les difficultés de déplacement à cause du confinement d’Abidjan et les lenteurs dues au matériel défectueux. Si on tient compte de ces raisons pertinentes, la logique voudrait que ce report aille jusqu’au 15 juillet pour garantir l’inscription de la majorité.
3- Le mensonge sur le caractère inclusif de la décision : Le communiqué dit et je cite « Cette proposition de la CEI au Gouvernement fait suite à un nouveau consensus de tous les acteurs politiques et des parties prenantes au processus électoral » Fin de citation. Depuis quand a eu lieu un consensus à ce sujet avec l’opposition ? Il y a « consensus » quand on appelle les acteurs au dialogue. Ce que nous savons des responsables de l’opposition, c’est que le principe du report a été acquis et l’opposition avait proposé que l’opération aille jusqu’au 10 juillet. Mais jamais la CEI n’a cherché un consensus sur une quelconque date. Elle décidé toute seule du 30 juin, et ensuite du 05 juillet. Depuis quand a-t-on appelé les organisations de la société civile qui ont demandé le report ? Il n’y a donc jamais eu de consensus ! Pourquoi mentir sur des sujets aussi sérieux ? Peut-on continuer avec cette CEI en espérant des élections crédibles ? La confiance n’existant pas depuis la recomposition de la CEI, et les faits actuels étant inquiétants, quant à la capacité de cette CEI à travailler de façon inclusive pour créer LA CONFIANCE entre les acteurs, que peut-on attendre d’un tel organe ?
Eu égard à toutes les raisons évoquées ci-dessus, nous pensons que si la CEI était de bonne foi, elle aurait invité toutes les organisations ayant demandé un report à échanger avec elle pour trouver la meilleure date de report. A défaut, elle aurait tenu compte des contraintes de temps liées à l’établissement des pièces administratives pour déterminer la meilleure date de report, au lieu de s’appuyer sur un argument aussi ridicule que la pluie.
Nous nous rendons compte encore plus du danger de n’avoir pas procédé à une réforme mais à une recomposition ? Dans la recomposition, on a changé les hommes et on les a d’ailleurs mal changés, puisque certains dans la CEI représente des groupes qui ne les ont pas mandatés et le pouvoir est surreprésenté. La réforme aurait été plus profonde et aurait garanti l’indépendance et l’impartialité de la CEI, puisqu’elle aurait réformé ses attributions, son fonctionnement et son financement.

II- NOTRE POSITION
Alternative Citoyenne Ivoirienne (ACI) ayant depuis sa création œuvré pour des élections apaisées, condamne avec fermeté cette façon cavalière de prendre des décisions sensibles et demande à la CEI de reconsidérer cette décision dans l’intérêt supérieur de tous les ivoiriens.
Ainsi, nous venons par cette déclaration insister sur la nécessité de réviser cette décision qui ne permet pas à la majorité des ivoiriens de se faire enrôler, contrairement aux attributions de la CEI qui est de veiller à ce que tous les ivoiriens puissent jouir de leur droit de vote.
Le délai légal de production de la liste provisoire étant fixée au 31 juillet 2020, nous souhaitons que la révision de la liste se poursuive jusqu’au 15 juillet 2020.
ACI demande à la CEI de respecter les ivoiriens en travaillant sans partie pris et de façon inclusive. Pour sa propre crédibilité, la CEI devrait privilégier le dialogue inclusif pour toutes les décisions.
ACI refuse des élections précipitées, mal préparé, mal organisé qui pourraient faire revivre un douloureux passé. A quoi sert de courir et ensuite compter les morts ? Mieux vaut aller lentement et surement car la Côte d’Ivoire vient de loin.
Enfin, ACI demande encore une fois au Président de la République d’engager un dialogue inclusif avec tous les acteurs politiques et sociaux, afin de trouver des solutions consensuelles pour des élections apaisées.

Fait à Abidjan, le 1er Juillet 2020
Pour ACI,
La Présidente, Pulchérie GBALET.

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