La Côte d’Ivoire indexée pour le travail des enfants dans les plantations de cacao

Les États-Unis menacent de ne plus acheter le cacao produit en Côte d’Ivoire. Suite au rapport d’études effectuées par
la fondation International Cocoa Initiative (ICI). Auprès de 263 communautés de production de l’ouest, du sud-ouest et du Sud de la Côte d’Ivoire. Dans ce rapport publié sur le site de ICI le 1er juillet 2020 et intitulé : «Le travail dangereux des enfants dans les communautés de Côte d’Ivoire durant la COVID-19» , il a été établi qu’un grand nombre d’enfants sont utilisés par pour des travaux dangereux. À savoir, l’utilisation de machettes, de produits phytosanitaires et le port de charges très lourdes. Selon ce rapport, le nombre est passé de 7 à 19 %. Soit une augmentation considérable de 21 %, indique l’étude. Indiquant que le travail des enfants s’est accru dans les plantations de cacao de Côte d’Ivoire, selon la fondation International Cocoa Initiative. Des résultats obtenus entre le 17 mars au 15 mai, par les relais de la fondation International Cocoa Initiative qui ont visité plus de 1 400 familles et interrogé plus de 3 000 enfants, en respectant les règles de distanciation physique, dans 263 communautés cacaoyères de l’ouest, du centre-ouest et du sud de la Côte d’Ivoire. Le rapport établi est alarmant. À savoir que le nombre d’enfants effectuant des travaux dangereux (utilisation de machettes, de produits phytosanitaires ou port de charges très lourdes) est passé de 16 % à 19 %. C’est « une augmentation considérable, de 21 % ». Pour expliquer cette recrudescence du travail des enfants pendant le confinement ivoirien, ICI avance plusieurs hypothèses. Les restrictions de mouvement instaurées pour limiter la propagation du virus ont raréfié la main-d’œuvre adulte dans les plantations. Les écoles étaient fermées, ce qui a libéré les enfants pour les travaux des champs. Ce rappel des causes économiques du travail des enfants intervient alors que les États-Unis s’apprêtent à publier une nouvelle version de leur propre rapport sur le sujet. Un rapport d’universitaires de Chicago supervisé par le département américain du Travail et dont la première version en avril concluait à une aggravation du travail des enfants dans le cacao entre 2014 et 2019. Mais les autorités ivoiriennes ont rejeté la méthodologie du rapport menaçant américain, dont une nouvelle copie devrait être publiée courant juillet. La menace est de taille pour la Côte d’Ivoire car le cacao pourrait se voir barrée la route des États-Unis. Pour utilisation d’enfants dans les plantations de cacao. Lire l’intégralité du rapport de la Fondation ICI. Qui conclut que «l’analyse de régression confirme que la part d’enfants identifiés comme effectuant des tâches dangereuses a augmenté».

Marcel Dezogno


Le travail dangereux des enfants dans les communautés de Côte d’Ivoire durant la COVID-19

Une analyse rapide basée sur les données recueillies durant le semiconfinement

Résumé

Afin d’évaluer l’impact de la pandémie de la COVID-19 sur le travail des enfants, la Fondation International Cocoa Initiative (ICI) a analysé les données provenant de 263 communautés en Côte d’Ivoire. Parmi ces communautés, 1443 foyers producteurs de cacao ont fait l’objet d’une visite dans le cadre du Système de suivi et de remédiation du travail des enfants de la Fondation ICI entre le 17 mars et le 15 mai 2020 afin d’identifier les cas de travail des enfants. Les résultats de la Fondation ICI montrent que le pourcentage d’enfants identifiés comme étant impliqués dans du travail des enfants a augmenté de 16% à 19,4% par rapport aux mêmes mois dans les années précédentes au sein des mêmes communautés. Le taux d’identification du travail des enfants a donc enregistré une augmentation de 21 ,5%.

À ce stade, il est encore trop tôt pour savoir dans quelle mesure cette augmentation peut être directement attribuée aux impacts de la pandémie de la COVID-19, puisque d’autres facteurs pourraient être impliqués. Néanmoins, l’augmentation du travail des enfants est préoccupante. Cette analyse succincte présente les détails de la méthodologie employée, les résultats de l’analyse ainsi que leurs implications pour les parties prenantes du secteur du cacao.

Contexte

Le 16 mars 2020, en réponse aux premiers cas recensés de la COVID-19 dans le pays, le gouvernement de Côte d’Ivoire a mis en place un ensemble de mesures visant à prévenir la propagation du virus. Celles-ci comprenaient la fermeture de toutes les écoles maternelles, primaires et secondaires, l’interdiction de rassemblements de plus de 50 personnes, une fermeture partielle des frontières internationales et la mise en quarantaine des nouveaux arrivants. Une semaine plus tard, des couvre-feux et des restrictions relatives aux déplacements ont été instaurés, régulant ainsi le transport au sein et entre les villes et interdisant les déplacements non autorisés entre Abidjan et l’intérieur du pays.’ La pandémie de la COVID-19 et les mesures connexes, combinées au ralentissement économique mondial et à la chute des prix des matières premières, ont déjà eu des conséquences tangibles sur tous les secteurs économiques du pays et sur divers aspects du bien-être de la population. Les membres plus vulnérables de la société ivoirienne risquent d’être négativement affectés, y compris les foyers producteurs de cacao et leurs enfants.

Une conséquence possible de la COVID-19 et des mesures nécessaires qui ont été prises pour y répondre serait l’augmentation du travail des enfants dans la culture du cacao. Tout d’abord, les écoles ayant été fermées, les parents pourraient avoir emmené leurs enfants sur l’exploitation, où ils auraient été surveillés et où ils auraient pu être appelés à participer au travail. Des analyses précédentes ont montré que la prévalence de travail des enfants est supérieure dans les communautés ne disposant pas d’école2et durant les vacances scolaires comparé à la période de scolarisation3. Deuxièmement, les restrictions relatives aux déplacements au sein du pays et aux frontières pourraient avoir limité la disponibilité de main d’œuvre adulte, ce qui aurait pu pousser les familles à solliciter leurs enfants pour compenser le manque d’effectifs. Troisièmement, avec le ralentissement économique général, les producteurs de cacao pourraient subir une pression croissante sur le budget familial, notamment en raison d’une baisse des revenus de diverses sources ou en raison d’une hausse des prix des biens de consommation essentiels. Dans une enquête téléphonique menée par la Fondation ICI auprès des producteurs de cacao certifiés de Côte d’Ivoire, plus de la moitié des participants ont rapporté une diminution du revenu du ménage depuis que les écoles ont fermé au mois de mars4. Les études sur les chocs des revenus montrent que lorsque les revenus des ménages diminuent, le travail des enfants tend à augmenter5. Enfin, les programmes menés par le gouvernement, la société civile et l’industrie visant à soutenir les ménages producteurs de cacao vulnérables et à promouvoir la protection des enfants ont automatiquement été perturbés lors du semiconfinement, réduisant ainsi l’accès à ces services.

Cette synthèse se base sur des données recueillies durant le semi-confinement afin d’examiner la manière dont le travail des enfants dans les foyers producteurs de cacao de Côte d’Ivoire a été influencé par la

COVID-19 ainsi que par les mesures nécessaires mises en place pour contenir le virus..

Les données sur l’identification du travail des enfants tirées des SSRTE de la Fondation ICI

Les restrictions relatives aux déplacements ont engendré des dih‘icultés pour obtenir des preuves empiriques sur la manière dont la pandémie de la COVlD-19 a affecté le travail des enfants dans les communautés rurales. Toutefois, le Système de suivi et de remédiation du travail des enfants (SSRTE) de la Fondation ICI constitue une source précieuse de données pour combler cette lacune.

Grâce au SSRTE de la Fondation ICI, des données sont collectées de manière continuelle tout au long de l’année. Durant le semiconfinement, les agents ont continué à collecter des données dans leurs communautés, tout en respectant les directives de précaution.

Grâce au SSRTE de Ia Fondation ICI, des données

sont collectées de manière continuelle tout au long de l‘année par des agents vivant dans les communautés productrices de cacao, qui sont chargés d’identifier et de soutenir les enfants à risque. Ces agents rendent visite aux foyers producteurs de cacao de coopératives certifiées afin de contrôler le travail des enfants. Les données tirées des entretiens sont enregistrées à l’aide d’un téléphone portable ou d’une tablette, permettant ainsi de synchroniser les informations avec une base de données centralisée dès que Ia connectivité le permet. Ainsi, même avec les restrictions relatives aux déplacements, la Fondation ICI a continué de recevoir des données sur le travail des enfants de nombreuses communautés, puisque les agents ont maintenu leurs visites tout en respectant les directives de précaution et ont poursuivi la collecte de données au sein de leurs propres communautés.

Cette analyse se base sur toutes les données disponibles sur le travail des enfants tirées des systèmes de Ia Fondation ICI en Côte d‘lvoire. L’ensemble de données couvre une période de cinq ans, depuis février 2015 jusqu’en mai 2020, soit deux mois après que les premières mesures visant à contrôler Ia pandémie sont entrées en vigueur. Nous avons analysé les résultats tirés des visites servant à identifier le travail des enfants. Lors de ces visites à domicile, les facilitateurs communautaires évaluent si les enfants âgés de 5 à 17 ans vivant dans ce foyer effectuent des tâches dangereuses, grâce à des entretiens avec les parents et les enfants.

Durant le semi-confinement, les visites de suivi

ont continué dans 263 communautés en Côte d’Ivoire, ce qui représente environ 40% de toutes les communautés dans lesquelles des visites de suivi se sont déroulées ces 6 derniers mois. Un total de 1443 ménages de 40 coopératives différentes ont reçu une visite entre le 17 mars et le 15 mai 2020 afin

d ‘identitier des cas de travail des enfants. Un total de 3223 enfants ont été interviewés.

Méthode et Résultats

Nous analysons l’évolution de l’identification du travail des enfants dans le cadre du SSRTE pendant le semiconfinement, en comparant les résultats des visites à domicile du 17 mars au 15 mai avec ceux des années précédentes.

Pour qu‘une telle comparaison soit valable, nous devons prendre en compte le fait que les taux d’identification du travail des enfants varient en fonction des communautés, des agents de suivi

et du temps. Par exemple, si nous regardons les données recueillies avant le 17 mars, les taux moyens d’identification du travail des enfants sont inférieurs dans les communautés où Ia collecte de données a continué après le 17 mars, comparé aux communautés où celle-ci s‘est arrêtée (21% contre 24%). Pour cette raison, nous incluons dans Ia présente analyse uniquement led enfants des 263 communautés où la collecte de données s’est poursuivie.

Ensuite, au vu de la nature saisonnière du travail sur une plantation de cacao, les taux d’identification du travail des enfants fluctuent au cours de l’année : les analyses des données tirées des SSRTE sur plusieurs années montrent que les taux d’identification du travail des enfants sont plus bas en moyenne dans les mois de mars, avril et mai comparé au reste de l’année (18% contre 25%).

En utilisant une simple comparaison des moyennes des taux d’identification du travail des enfants,

nous constatons que le pourcentage d’enfants identifiés comme étant impliqués dans du travail des enfants a augmenté de 16% à 19,4% durant le semi-confinement, comparé aux mêmes mois des années précédentes dans les mêmes communautés. Cela représente une augmentation de 21 ,5% de l‘identification du travail des enfants, et la différence est statistiquement significative.
Pour exclure Ia possibilité que cette différence soit engendrée par une tendance à plus long terme,

nous testons un effet de « confinement placébo », c‘est-à-dire un confinement hypothétique durant les mois de janvier-mars 2020, au lieu de la période réelle de confinement ; cette période de confinement placébo n’est pas caractérisée par une identification plus importante du travail des enfants comparé à Ia même saison les années précédentes. Cela confirme notre interprétation selon laquelle l‘augmentation de l’identification du travail des enfants du 17 mars au 15 mai a effectivement un lien avec le semi-confinement, et non pas avec une tendance générale.

Pour prendre en compte des facteurs additionnels pouvant influencer ces chiffres, nous utilisons une analyse de régression multiple pour séparer les effets des saisons, des communautés et des agents de suivis. L’analyse de régression permet également de représenter des différences potentielles dans la composition de nos échantillons avant et après le confinement. En raison des circonstances exceptionnelles du confinement, notamment Ia fermeture des écoles, l’ensemble d‘agriculteurs et d’enfants disponibles pour les entretiens pourrait avoir été différent de la moyenne à plus long terme de la base de données. Afin d’éviter cela, nous incluons, dans l’analyse de régression, des contrôles relatifs aux caractéristiques clés des ménages et des enfants ayant une corrélation avec le risque de travail des enfants, comme l’âge et le sexe des enfants, ainsi que l’âge et le niveau d’éducation du chef du ménage.

L’analyse de régression confirme que la part d’enfants identifiés comme effectuant des tâches dangereuses a augmenté d’environ 3 points de pourcentage en [ moyenne, en prenant en compte tous les facteurs mentionnés ci-dessus.

En d‘autres termes, nous constatons cette différence lorsque nous comparons les résultats durant le confinement avec les résultats lors du même mois d‘une année précédente, au sein de chaque communauté et pour le même facilitateur communautaire, pour le même profil d’enfants et de ménages.

L’ampleur exacte de l’effet varie en fonction des données incluses dans l’analyse. Par exemple, lorsqu’en alternative, nous étendons le groupe de contrôle à toutes les communautés au lieu de compter uniquement les 263 communautés où Ia collecte de données s’est poursuivie, nous constatons une augmentation de l’identification du travail des enfants d’environ 6 points de pourcentage durant le semi-confinement (ces résultats sont disponibles à Ia demande).

Conclusion

Les données recueillies grâce au Système de suivi et de remédiation du travail des enfants de Ia Fondation ICI durant le semi-confinement en Côte d‘Ivoire fournissent une source d‘informations précieuse pour nous aider

à comprendre comment le travail des enfants dans les communautés cacaoyères a évolué durant cette période.

Il est important de remarquer que l’augmentation du travail des enfants pourrait être en partie due à d‘autres facteurs, dont nous ne pouvons pas rendre compte dans cette analyse. Ces derniers pourraient inclure l’environnement économique en constante évolution (prix du cacao, marché du travail, etc.), les cycles des projets des systèmes de suivi, ainsi que les qualifications et les motivations en évolution des facilitateurs communautaires.

International Cocoa Initiative

LAISSER UNE RÉPONSE

Veuillez entrer votre commentaire!
Veuillez saisir votre nom ici